Les relations Nord-Sud pour atténuer le changement climatique : du développement propre à la déforestation évitée

Le «développement propre» et la «déforestation évitée» sont des concepts et des
mécanismes politiques qui relèvent de la lutte contre le changement climatique. En quoi
engendrent-ils des relations Nord-Sud ? Cet ouvrage répond à cette interrogation en
utilisant une approche géopolitique. De nombreuses cartes illustrent la coopération
entre des pays développés et des pays en développement. Pour les pays développés,
la coopération pour un «développement propre» est synonyme de délocalisation de
la réduction des émissions de gaz à effet de serre (EGES) et d'acquisition de crédits
carbone pour des projets réalisés dans les pays en développement. Ces derniers sont
alors censés recevoir des technologies peu polluantes, et bénéficier de retombées
pour leur développement durable, ce qui n'est pas vérifié.
S'agissant de la «déforestation évitée», les cartes réalisées montrent le déploiement
de la coopération multilatérale et bilatérale consistant, pour des pays développés,
à mobiliser des fonds destinés à aider des pays en développement à se «préparer»
pour réduire leurs taux de déforestation. Le programme REDD des Nations unies
apparaît redondant mais quelque peu complémentaire de ceux gérés par la Banque
mondiale. La Norvège déploie une coopération qui cible le Brésil, sans doute du fait
de l'importance que la forêt amazonienne représente en termes de potentiel de
réduction des EGES, et donc d'atténuation du changement climatique. La coopération
française, tous azimuts, ne délaisse pas le «pré-carré» de la France, notamment des
pays d'Afrique centrale. Les entretiens semi-dirigés révèlent le rôle catalyseur de l'État
et des organisations non gouvernementales au Brésil, contrairement à Madagascar,
enrôlé par des organismes de coopération multilatérale et d'aide au développement,
ainsi que par des organisations non gouvernementales internationales.
Les recherches présentées dans cet ouvrage soulignent les difficultés de la mise en
oeuvre des concepts et des politiques internationales de réduction des EGES. Elles
mettent en évidence le hiatus et les déperditions entre le niveau international,
le niveau national et le niveau local. Elles illustrent la fragmentation de la gouvernance
de l'atténuation du changement climatique.