Vigné d'Octon : un utopiste contre les crimes de la République

«J'ai fait ce rêve. Il y avait enfin sur la terre une justice pour les races soumises
et les peuples vaincus. Fatigués d'être spoliés, pillés, massacrés, les Arabes et
les Berbères chassaient leurs dominateurs du nord de l'Afrique, les Noirs
faisaient de même pour le reste de ce continent, et les Jaunes pour le sol
asiatique...» ( La Sueur du burnous , 1911)
Ainsi écrivait Paul Vigné d'Octon, cinquante ans avant Martin Luther King.
Né à Montpellier en 1859 et mort à Octon (Hérault) en 1943, il était
médecin de la Marine. Ayant servi en Afrique en pleine période d'expansion
coloniale, il a été le premier à porter à la tribune de l'Assemblée nationale
le récit des massacres perpétrés par les armées coloniales et ses supplétifs.
Député de l'Hérault, conseiller général du canton de Lunas, maire d'Octon,
il se bat sur tous les fronts des avancées sociales tout en poursuivant une
carrière d'écrivain - romans régionalistes et enquêtes journalistiques. Las de
ne pas être entendu, il se fait pamphlétaire pour brocarder tout autant les
abus du pouvoir dans les colonies que les impérities des services de santé
durant la Première Guerre mondiale dont il révèle maints scandales. Au début
des années 1920, il abandonne la politique pour se consacrer à la propagation
des doctrines naturistes et de la psychanalyse, alors peu connue. Utopiste,
visionnaire, un demi-siècle avant Césaire, il a mis l'accent sur «le choc en
retour de la colonisation» qui corrompt et avilit tout autant le colonisateur
que le colonisé. Acteur et témoin, il apporte à une période cruciale de l'histoire
de la République un éclairage unique sur les moeurs parlementaires et les
questions-clés de son temps qui restent plus que jamais d'actualité.