La religion carnavalesque

À vous qui ne voyiez sa majesté Carnaval que comme un
aimable roi du divertissement d'un jour - un certain mardi gras -,
au mieux, en une vision sociologique singulièrement réductrice
et finalement rassurante, comme maître du grand défouloir et
de l'inversion aidant à la digestion de toutes les couleuvres avalées
au long de l'an, ce livre n'a pas fini d'ouvrir de grandes et
belles perspectives, tant il en envahit le calendrier, débordant
bien même des jours sombres et froids.
Et si l'auteur parle de religion carnavalesque, ce n'est pas
pure provocation, c'est à bon droit, ces pratiques paganochamaniques
se passassent-elles de livre sacré, de dogme, de
clergé institué en Église... et d'Inquisition, n'en ayant pas
moins une parole, plus ancienne que l'écriture, une vision du
monde voire de l'Autre Monde, une spiritualité, une symbolique,
des rituels, de curieux prêtres à l'autorité éphémère, des
dieux, fussent-ils oubliés.
Òm l-i pòrta las banas sens vergonba, òm l-i renega pas son cuòl
per 'na petada, òm sap que tota bufada pòrta sa part d'esperit. - On
y porte les cornes sans honte, on n'y renie pas son cul pour un
pet, on sait que tout souffle porte sa part d'esprit.
N'en disons pas plus...
À Dominique Pauvert, mythologue éminent, l'éditeur, après
avoir lu sa magistrale thèse «Jérôme Bosch et Peter Bruegel
l'Ancien, peintres de la religion carnavalesque» et y avoir découvert
avec émerveillement ce qu'il soupçonnait depuis longtemps,
a demandé d'écrire un ouvrage plus général sur la question.
Il prolonge et enrichit les travaux pionniers du grand Claude
Gaignebet et remet à jour de fortes racines de la culture populaire,
racines nourries d'humus mais aussi de vent.