Le roman de Prague

En se promenant dans Prague, on comprend l'envoûtement
qui saisit tout visiteur : il y a quelque chose de magique dans
cette ville à l'architecture gracieuse et tarabiscotée, au décor
digne d'un conte de fées. Prague est une ville miraculée qui
échappe aux ravages de la guerre depuis le XVII<sup>e</sup> siècle : soudards,
nazis et marxistes l'ont épargnée et on se demande encore
pourquoi, tant cette cité défiait, par son maniérisme, leur
conception primaire du monde.
Car Prague n'est pas une capitale hautaine et impériale mais
une ville d'orfèvres, de mécènes et d'intellectuels. On y sent
une douce folie, une alchimie propre, propice aux bouillonnements
artistiques et littéraires. C'est pourquoi les héros et les
héroïnes de Prague ressemblent à des personnages de théâtre.
Qu'ils soient prédicateurs, monarques, amoureux, musiciens,
condottieres ou bourreaux, ils vont jusqu'au bout de leur
imagination et de leur passion, sur l'une des plus belles scènes
du monde. Voici Jan Hus, qui périt sur un bûcher, Rodolphe II,
le plus grand collectionneur de son temps, Wallenstein, qui
voulait être roi, Mozart, qui y fit jouer Don Giovanni , voici le
fantôme du Golem, voici Kafka qui y aima Milena, Heydrich,
l'âme damnée de Himmler, Havel le prince philosophe et encore
bien d'autres...