Le dernier voyage de Napoléon de Paris à Longwood

Le Mémorial de Sainte-Hélène est l'un des textes les plus connus, ou
du moins, les plus célèbres. On peut le rééditer sans crainte. Il trouvera
toujours des lecteurs. Rien de ce qui touche l'Empereur n'est indifférent et
il ne paraît, dans toute sa vérité, nulle part mieux que dans le Mémorial. Un
deuxième avantage de ce livre est qu'il présente sous une forme concise la
première partie de l'exil de l'Empereur. C'est d'ailleurs dans cette première
phase que Napoléon apparaît le plus humain. C'est, en quelque sorte, un
résumé de ce que sera sa vie pendant ces années passées à Sainte-Hélène.
Cette partie du Mémorial s'étend du retour de l'Empereur à Paris, trois jours
après Waterloo, jusqu'à son installation à Longwood dans l'île de Sainte-Hélène.
Le récit qui couvre ces quelques mois (20 juin - 10 décembre 1815)
forme un tout délimité. C'est en somme le prologue du drame qui embrasse
le départ de France, la lettre au Prince Régent d'Angleterre, le guet-apens
de Plymouth, la protestation solennelle de Napoléon à la face du monde,
l'arrivée à Sainte-Hélène, l'apprentissage de l'exil. Ces premiers chapitres
nous montrent déjà les personnages tels qu'ils se dessineront plus crûment
pendant les longues années de Longwood, à mesure que l'exil deviendra
plus dur. Ils nous peignent l'Empereur avec ses illusions et le semblant de
liberté qu'il conserve.
Quant à l'auteur, il est en revanche moins connu. Étrange fortune que celle
de Las Cases, gentilhomme de bonne race, officier des armées du Roi,
émigré, rallié ensuite au régime nouveau, perdu dans la foule des fonctionnaires
de Napoléon, homme de cabinet, studieux et prudent, qui s'est
trouvé miraculeusement placé au bon moment pour suivre l'Empereur et
choisi par ce dernier pour recevoir les mémoires qu'il lui dictait. Il fit ainsi
une bonne action et une bonne affaire, compte-tenu du succès de l'ouvrage.
Puisse l'introduction à cette grande oeuvre, présentée dans sa version courte
et préfacée par le célèbre spécialiste de Napoléon, Jean Tulard, inciter les
lecteurs à se plonger davantage dans cette grande oeuvre.