Amadis de Gaule : livres I à IV

Des Flandres aux États pontificaux, de Vienne à Madrid, depuis trente ans l'Europe n'est que
champs de bataille pour la possession des royaumes disparates que constitue l'Italie d'alors.
Naples, Milan, Venise sont autant de trésors qu'illuminent les artistes de la Renaissance et
que se disputent les princes en versant le sang des lansquenets. C'est le temps des condottieri et de la
Réforme, des rois et des empereurs conquérants mais aussi esthètes et hommes de lettres. Ainsi en est-il
de François I<sup>er</sup> qui, en pleine trêve papale, confie à l'un de ses lieutenants de l'artillerie royale de Picardie,
Nicolas Herberay des Essarts, la traduction d'un roman espagnol qui sera le premier best-seller de
l'époque moderne : Amadis de Gaule.
Publié pour la première fois à Saragosse en 1508, Amadis de Gaule est l'oeuvre d'un gentilhomme,
fameux bretteur, Garci Rodriguez de Montalvo. Son succès est tel que les quatre premiers livres qui
composent la geste d' Amadis connurent une vingtaine de suites, sous différentes plumes et en
différentes langues. Cervantès lui-même ne s'y trompa pas lorsque cent ans plus tard il fit d'Amadis
- avec une certaine pointe d'ironie - le modèle de son Quichotte. L'existence même d'Amadis est pour
le chevalier à la triste figure une raison de continuer le combat car «Amadis fut le nord, l'étoile, le soleil
des vaillants et amoureux chevaliers et nous devons l'imiter, nous autres qui combattons sous la
bannière de l'amour et de la chevalerie». Ce n'est pas non plus un hasard si au chapitre VI du roman
de Cervantès, maître Nicolas intervient pour sauver du bûcher, auquel est condamnée la bibliothèque
de don Quichotte en tant que source de tous les maux, les aventures du Beau Ténébreux, parce que
«de tous les livres de chevalerie, c'est le meilleur».
Amadis de Gaule sera le dernier grand livre de chevalerie, celui auquel toutes les cours d'Europe se
référeront en tant qu'idéal de noblesse et d'honneur, un modèle idéalisé des comportements guerriers,
amoureux et sociétaux, un bréviaire de savoir-vivre et de galanterie. Qu'on ne s'étonne pas qu' Amadis ,
avec ses doubles tardifs, La Jérusalem délivrée du Tasse (dont le père traduisit Amadis en italien) et
Orlando furioso de l'Arioste, soit parmi les oeuvres les plus représentées par les peintres et les musiciens
de l'esthétique baroque : Jean-Baptiste Lully s'inspirera des aventures du Beau Ténébreux pour
composer un opéra en 1684 ainsi que Haendel en 1715.
Indisponible depuis longtemps dans son intégralité, Amadis de Gaule est présenté pour la
première fois en un seul volume, un événement pour les inconditionnels du genre.