Le grand état-major financier : les inspecteurs des Finances 1918-1946 : les hommes, le métier, les carrières

Cet ouvrage raconte une histoire que résumait ainsi le chef du Service
en 1941 : «Autrefois, l'Inspection était pour presque tous une carrière
que l'on parcourait depuis l'admission jusqu'à la retraite. Aujourd'hui,
l'Inspection est, pour la plupart des jeunes, un tremplin d'où ils s'élanceront
vers d'autres postes. Autrefois, la qualification d'inspecteur des
Finances était l'intitulé d'une fonction. Aujourd'hui, elle est un titre
employé à se faire ouvrir toutes les portes».
Entre 1918 et 1946, 355 inspecteurs des Finances, ayant en commun
la réussite au concours, ont progressivement délaissé leur métier et
l'Inspection «souffrante» au profit de leur carrière et de l'Inspection
«dirigeante» ou «triomphante», établissant, particularité française,
une position hégémonique sur les finances publiques et privées.
Cette étude du marché de l'emploi des inspecteurs dans la conjoncture
politiquement et économiquement contrastée des «trente tumultueuses»
s'appuie sur l'analyse quantitative des emplois et sur l'étude
qualitative de l'offre, de la demande et des mécanismes d'ajustement
établis consciemment par les inspecteurs et leurs employeurs pour
assurer la prééminence du corps.
Si les effets de cette domination ne sont pas occultés, l'essentiel
de l'ouvrage porte sur ses étapes, ses limites et ses causes autant
endogènes qu'exogènes. Parmi elles, les besoins des ministres des
Finances successifs d'imposer leur autorité sur l'appareil d'État et dans
l'économie comptent autant, sinon plus, que la diversité des ambitions
héritées ou transmises par les camarades.