Les romans de Heimito von Doderer : l'ordre des choses, du temps et de la langue

Cet ouvrage entend exposer les ressorts et les ambitions
de l'écriture de Doderer, qui veut faire coïncider «vérité» et
«expression», à travers des analyses serrées des romans de la
maturité que sont Die Strudlhofstiege (1951), Die Dämonen
(1956), Die Wasserfälle von Slunj (1963) et Der Grenzwald
(1967, fragment posthume). L'étude du culte de l'écrivain
qui se manifeste dans ses journaux intimes montre comment
l'écriture romanesque constitue pour Doderer un enjeu existentiel
dans un contexte de crise du genre. Corrélativement,
l'examen des structures narratives met en relief l'importance
accordée aux catégories temporelles et visuelles aussi bien
qu'aux failles de la narration, Doderer partageant sur ce
point le scepticisme de ses contemporains modernistes. Sur
ces bases peuvent être dégagés quatre modèles principaux
qui ont guidé le réalisme de Doderer, qui conserve l'ambition
de la totalité et cherche à s'opposer à tout réductionnisme
idéologique : un modèle historiographique (qui prend forme
dans le sillage de ses études d'histoire, non sans dériver
vers un modèle politique avec un roman à thèse antisémite
dans les années 1930) ; un modèle «policier» et judiciaire à
fonction thérapeutique, et finalement un modèle linguistique
qui garantit à Doderer la cohérence de son univers
romanesque.