Ecrivains dans la Grande Guerre : de Guillaume Apollinaire à Stefan Zweig

« Poilu ! Que de bêtises l'on écrit en ton nom », criait l'écrivain-médecin Paul
Fiolle en 1917. Pour évoquer la Grande Guerre, mieux vaut effectivement donner la
parole à ceux qui l'ont vécue, à ceux qui ont souffert cette conflagration où s'est
révélée l'horreur du XXe siècle, et mieux vaut lire ceux de ces soldats qui ont pour
profession l'écriture, qu'ils soient français, allemands, italiens ou anglo-saxons.
Qui furent ces écrivains-soldats ? Quel fut leur engagement ? Blaise Cendrars, Georges
Bernanos, Louis-Ferdinand Céline, Maurice Barrès, Jean Cocteau, Jean Giono, Pierre
Mac Orlan, Jean Giraudoux, Maurice Genevoix mais aussi Ernest Hemingway, John Dos
Passos... tous ont été enrôlés. Ils sont la mémoire du conflit. Certains n'y survivent
pas : cette «juste guerre» scandée par Charles Péguy a notamment écourté la vie
de quelque quatre cent cinquante auteurs français, tombés au front ou peu après
l'armistice des suites de leurs blessures. Leur grand oeuvre est ici élevé sur le pavois,
et tous, épistoliers, poètes et écrivains, nous convient à travers lui à un voyage dans
la littérature et l'indicible. Lettres, articles dans les journaux de tranchées et livres
restituent certes la brutalité des combats, mais aussi et surtout la vérité de l'aventure
humaine. C'est pourquoi au lamento - «chantiez-vous quand le fer déchira vos
poitrines ?» - succèdent parfois les bons mots des tranchées - «On les aura... les
pieds gelés».
Sur le front ou à l'arrière, exaltés ou antimilitaristes, les écrivains de la Grande Guerre,
de Guillaume Apollinaire à Stefan Zweig, se sont révélés et ont inauguré une nouvelle
littérature, celle du témoignage. France Marie Frémeaux nous convie avec talent à un
voyage dans une littérature vivante qui résonne encore comme un coup de canon.