Espace et récit de fiction : le cycle indien de Marguerite Duras

«Lol resta toujours là où l'événement l'avait trouvée».
À son entrée dans l'histoire, le personnage est chez
Marguerite Duras stoppé net. Confronté à un événement
traumatique, impossible à oublier comme à
convertir, il est rendu à la vacance d'une vie privée de
conquêtes. On le voit alors aller et venir, dans un exercice
élaboré de reprises et de redites avant qu'il n'envisage
la seule décision susceptible d'orienter l'histoire :
revenir se placer au lieu même où son existence fut
gagée. Mais pénétrer dans ce haut lieu ne ranime pas
les faits vécus. Le Ravissement de Lol V. Stein se ferme. Son
monde survit cependant par le développement du cycle ,
ou plutôt par son enroulement, à travers Le Vice-consul et
L'Amour , décrivant, sur le tracé de la danse inaugurale,
un soir de bal au casino municipal de T. Beach, une
large boucle spiralée.
Chez Marguerite Duras, le récit accorde à l'espace
l'importance qu'il refuse à l'intrigue. Au contact de
cette oeuvre, il s'agit de rendre à la poétique du récit de
fiction la dimension de l'espace trop longtemps
sacrifiée à l'évidence des interactions entre temps et
récit. Espace et narration, espace et perception, décor et
représentation donneront à cette poétique construite
avec le soutien de la linguistique et de la phénoménologie
ses grands axes.