Un écrivain bâillonné

Un écrivain bâillonné
Jamais peut-être livre n'a dépeint avec autant de férocité, de verve - et de mauvaise foi - le microcosme des Lettres françaises. Un écrivain bâillonné est un brûlot hargneux, un pamphlet paranoïaque, une volée de gifles qui dézingue tous azimuts : grandes maisons d'édition taxées d'entre-soi, prix littéraires de trucage, journalistes de complaisance courtisane - rien n'échappe à la vindicte de Jack Thieuloy, l'auteur de ces pages incendiaires.
Il faut dire que l'homme avait son lot de comptes à régler avec le milieu : après un premier texte publié en 1971 chez Gallimard, les difficultés pour faire paraître ses oeuvres suivantes s'accumulent... Il n'en faut pas plus pour qu'il crie à la censure et se jette à corps perdu dans le combat contre l'« establishment culturel » : attentat au ketchup contre Michel Tournier, occupation de maison d'édition, engins incendiaires visant les jurys de prix littéraires... jusqu'à écoper d'un bref séjour à la Santé.
C'est en 1978, dans ce contexte, qu'il rédige Un écrivain bâillonné , comme un précipité des frustrations, des révoltes et des rancoeurs du moment. Resté inédit jusqu'à ce jour, son texte, au-delà de ses outrances, est une plongée dans l'ambiance surchauffée de la vie culturelle post-1968.