James Cook et le tabou : origine d'une notion

James Cook, au cours de sa troisième et dernière expédition, en
1777, découvrit le tabou, le mot et la chose. Par lui, ce mot a pénétré
nos langues européennes. Par un retour aux textes initiaux, au fil
de la narration du capitaine, le long des vingt-deux occurrences,
nous naviguerons à la découverte de cette notion. Nous la verrons
organiser la vie des Polynésiens. Par l'interdit qu'il manifeste, en
effet, le tabou structure leur conscience collective, évitant ainsi
les déviances.
Chez le Polynésien, le tabou est à l'opposé de ce qu'il signifie
dans nos cultures. Pour nous, il est ce que l'on doit évincer, non ce
qu'il faut respecter. La menace de mort, à son propos, a disparu.
Si la vie traditionnelle se déroule à l'ombre des tabous, nous
considérons, quant à nous, que notre émancipation à leur égard
constitue le coeur de la modernité.
On comprend mieux le tabou, s'il est joint à la notion de mana,
également polynésienne. Elle ne sera découverte que cent ans
après Cook. Il est néanmoins regrettable que le navigateur soit
passé très près du mana, sans le voir pour autant.
Par leur complémentarité, tabou et mana offrent une meilleure
compréhension des sociétés traditionnelles. Ainsi, nous verrons
qu'une relecture de Salammbô , à travers le prisme de ces deux
notions, permet une vue stéréoscopique de l'antique Carthage, en
mettant en relief l'intrigue du récit de Flaubert.