Les médias turcs et la politique européenne de la Turquie depuis 1971

Les médias de masse en Turquie revêtent une grande influence et jouent un rôle
prépondérant dans la formation et l'orientation de l'opinion publique quant à
l'évolution des relations du pays avec l'UE. Rappelons que le sommet d'Helsinki en
décembre 1999 signait sa candidature pour devenir membre à part entière de
l'Union européenne. Sa candidature avait été refusée le 17 décembre 1989 par la CE
pour des raisons économiques et démographiques, en masquant d'autres, d'ordre
culturel et religieux : le gel des relations était inévitable. Les années 1990
marqueront l'effondrement brutal de l'URSS, réduisant la place de la Turquie au
profit éventuel des pays d'Europe de l'Est. En dépit du Conseil d'association CE-Turquie
confirmant l'égalité des critères pour tous les pays candidats, le sommet de
Luxembourg de décembre 1997 prétextera un retard économique et des déficiences
démocratiques pour l'écarter du champ européen. Dotée d'une économie chaotique
mais compétitive, d'une société dynamique et d'un marché intérieur soutenu par un
fort pouvoir d'achat d'une partie de la population, la Turquie offre des atouts non
négligeables. La permanence d'un taux d'inflation élevé depuis les années 1990 et
une répartition inégalitaire des revenus demeurent néanmoins ses points faibles.
Dotée des caractéristiques essentielles d'un État moderne et laïque, le pays tarde à
mettre en oeuvre les réformes institutionnelles capables d'harmoniser la démocratie
à l'État de droit, à l'image des pays européens. La vie politico-sociale, depuis les
réformes de Mustafa Kemal Atatürk, s'est modelée sur un principe
d'européanisation. L'UE aurait tout intérêt à conforter ce grand voisin et allié de
l'OTAN pour qu'il puisse servir de modèle aux pays de la région. Son implication
dans les Balkans occidentaux et l'évolution des relations Gréco-turques sont des
signes jouant en sa faveur. Du point de vue de la sécurité européenne, la Turquie peut
arguer de sa position clé au sein de l'OTAN. Souffrant d'une image négative, elle
doit user des nouveaux moyens technologiques pour évincer les clichés reçus. Son
affermissement dans divers domaines intérieurs reste méconnu de l'opinion
publique internationale. Possédant toutefois le soutien des États-Unis et
l'invitation de l'Europe, l'éventualité d'un refus définitif n'est pas de mise pour le
moment. Les progrès réalisés pour intégrer l'UE lui sont un moteur de propulsion,
devant servir au pays et à sa population.
Depuis quatre décennies, la candidature de la
Turquie à l'Europe communautaire, puis à
l'Union européenne, est un sujet d'actualité
dont, au fil des périodes, l'intensité,
extrêmement variable, oscille entre le silence
de l'occultation complète et la mobilisation
générale des médias. Son urgence suit les
fluctuations de multiples conjonctures :
évolution des rapports stratégiques en Europe
pendant puis après la Guerre froide,
reconfiguration de l'espace politique centre-européen,
changements apportés par coups
d'Etat ou par les élections législatives au
système de gouvernement en Turquie,
initiatives diplomatiques ou militaires turques
en Méditerranée orientale ou au sein des
instances atlantiques et européennes,
conceptions et perceptions des données et des
limites de l'élargissement de l'Union
européenne.
Jean-Claude Allain
Sorbonne nouvelle