Un marrane d'aujourd'hui : juif, mais pas simplement

"Je ne suis qu'un petit garçon qui s'amuse - doublé d'un
pasteur protestant qui l'ennuie" (André Gide).
Remplacez "pasteur" par rabbin, rajoutez une pincée de
tragique et vous obtenez la tonalité de ce récit autobiographique,
dont le héros a longtemps été partagé entre la quête du plaisir et
la nostalgie de la vérité. Une condition juive subie, sans être
expliquée, qui complique les difficultés familiales, favorise un
violent refoulement sexuel et affectif. S'ensuivent des études
brillantes mais déconnectées de la réalité. Au coeur du
microcosme intellectuel parisien des années 60, ni Deleuze, ni
Althusser, ni Barthes, ni Foucault, approchés de près, ne
répondent à l'angoisse existentielle du jeune homme,
indifférent, quoique le coeur à gauche, aux problématiques
marxisantes. Autre particularité, la rue d'Ulm fut pour lui le
terrain de son éducation sentimentale. Sa solitude resta entière
au milieu du tumulte de l'Assemblée Nationale, où il fit
carrière de fonctionnaire. Spectateur de la vie politique, il se
montra surtout préoccupé de culture, notamment musicale, et
de satisfaire ses passions.
Seul le long, austère et douloureux travail dans un cabinet de
psychanalyste - dont nos contemporains n'ont guère idée -
permit de séparer les espoirs légitimes des illusions névrotiques.
Ainsi, progressivement réconcilié avec lui-même, l'auteur-personnage
peut entrevoir une sagesse qui concilie les acquis de
la révolution des moeurs et le respect d'une morale
consubstantielle à l'idée même d'humanité.