La robe et la plume : René Pichot de La Graverie, avocat et magistrat à Laval au XVIIIe siècle

Bien que méconnu de nos contemporains, y compris dans sa propre
ville, René Pichot de la Graverie (1690-1768) est une grande figure du
XVIII<sup>e</sup> siècle lavallois. Il embrasse en 1712 la profession d'avocat avant
d'obtenir en 1745 la charge de premier juge du siège ordinaire que la
maladie lui fait abandonner en 1764. Lors de ces cinquante dernières
années de vie professionnelle, il ne cesse d'écrire, rapportant tout d'abord
les sentences remarquables qu'il doit rendre, puis les assemblées
auxquelles il participe, enfin les incidents de la vie urbaine.
Restée manuscrite, cette masse documentaire est une mine de
renseignements, non seulement sur la justice, mais aussi sur la société et
l'exercice du pouvoir dans une ville manufacturière et seigneuriale du
XVIII<sup>e</sup> siècle. on y lit également la «vision du monde» d'un petit juge de
bailliage, attaché à la dignité de la magistrature qu'il considère comme le
premier corps du royaume et soucieux avant tout de l'intérêt public. C'est
toujours en son nom qu'il agit, où qu'il se situe, comme syndic des avocats,
comme marguillier, comme directeur des hôpitaux, comme premier juge.
Ses actions éclairent ce que pouvait être la marge de manoeuvre d'un
notable provincial dans le premier XVIII<sup>e</sup> siècle, ses écrits montrent les
limites de sa modernité : s'il est contemporain de Voltaire et admise son
Siècle de Louis XIV , il réprouve absolument «l'irreligion» de ses autres
ouvrages ; Pichot n'est pas un homme des Lumières.