Chaos dans l'imaginaire antique : de Varron à l'époque augustinienne : étude sémantique et herméneutique

À travers un corpus qui s'étend de Varron à l'époque augustinienne,
ce travail vise à cerner le terme et la notion de chaos dans
l'imaginaire antique. Il se fonde sur une analyse lexicale et sémantique
relative aux facteurs génériques et temporels déterminant ou justifiant
l'emploi de chaos. La spécificité de l'emploi du terme dans la littérature
latine au regard de l'héritage grec est ainsi soulignée, tandis que
la définition des réseaux thématiques et leur interaction marquent la
cohérence sémantique de chaos.
Trois perspectives de recherche sont ainsi mises en évidences. À
partir d'une étude du mot chaos appréhendé dans ses origines, son
fonctionnement sémantique et son inscription dans la littérature latine
depuis Varron jusqu'à l'époque augustinienne et Pierre Chrysologue,
on envisage la manière dont les textes littéraires conçoivent le phénomène
ou l'espace désignés sous le nom de chaos et actualisent, selon
les genres et les époques, les traits sémantiques qui appartiennent au
mot depuis ses origines ou qui s'en déduisent. Cet essai de caractérisation
du chaos antique trouve un prolongement dans la recherche de
la place du chaos dans l'univers et de son mode de régie : le chaos
constitue-t-il une entité, un espace ou un phénomène menaçant, car
autonome et incontrôlé, ou bien la peur et l'angoisse qu'il suscite ne
sont-ils pas au contraire le résultat d'une création littéraire, qui, loin de
se prendre pour fin, vise à agir sur les comportements et la morale des
hommes ?
Deux aspects fondent ainsi l'emploi de chaos dans la littérature
latine : l'inscription mythique et poétique de chaos oriente d'une part
la question des origines quant à la création et à la matière, et celle du
devenir cosmologique du monde. D'autre part, relevant du vocabulaire
attaché à la désignation du monde infernal, le terme détermine
une représentation particulière des Enfers et de sa relation au monde
des vivants par le biais de la magie et du sacré ainsi qu'une vision
eschatologique liée à la morale, incarnée en pietas, uraeus, fides et
humilitas.