Problèmes politiques et sociaux, n° 943. Les droits des victimes d'infraction

Les victimes et leurs souffrances ont longtemps été négligées,
notamment par une justice dont le but était avant tout de régler
le sort du criminel et de protéger la société. Au cours des deux
dernières décennies, un long chemin a été parcouru et la reconnaissance
des droits des victimes d'infraction a trouvé sa traduction
législative, notamment en matière d'indemnisation et de réparation
au sens large (place de la victime dans le procès pénal, écoute, prise
en charge...). Même si beaucoup reste encore à améliorer relativement
à l'accompagnement psychologique et social des victimes, de
nombreux dispositifs et structures existent aujourd'hui : services
d'aide aux victimes, cellules d'urgence, associations de victimes...
Depuis peu cependant, on assiste à un double mouvement, sécuritaire
et «victimaire», dont les dérives pourraient remettre en cause
certaines de ces avancées. Comment concilier le juste droit d'une
société à se protéger et celui tout aussi essentiel des auteurs d'infraction
à une justice équilibrée ? La voie ouverte par la justice «restaurative»,
qui se développe un peu partout dans le monde, pourrait
offrir à cet égard des perspectives nouvelles. Ce modèle se
conçoit en effet comme un processus impliquant, de manière active,
toutes les parties consentantes, infracteur, victime, communautés
société, et visant à réparer tous les préjudices, au sein d'un procès
pénal rénové.
Dans un débat d'une actualité autant juridique que politique, ce
dossier aidera à faire la part des choses, en éclairant certains éléments
essentiels : difficultés à définir la notion même de victime,
rôles de chacun des acteurs et leurs limites (appareil judiciaire, services
d'aide, associations...), enjeux juridiques (droit de la prescription
et irresponsabilité pénale) et social d'intégration harmonieuse
et de prévention des victimisations...