Histoire des droites en France. Vol. 3. Sensibilités

À travers les mille manières qu'ont les individus d'inventer un quotidien viable
dans la Cité, à travers la gestion des rapports sociaux les plus immédiats et
les plus simples comme à travers l'élaboration des produits de la pensée et
du goût les plus accomplis se révèlent les sensibilités, ces grandes manières
partagées de vivre, de concevoir, de sentir, de s'exprimer....
Formes héritées des générations devancières que chacun fait siennes
grâce à son milieu, à son éducation, à sa formation, les sensibilités sont
stratifiées par les dépôts d'une mémoire sociale, perdue par presque tous,
et qui fabrique ces croyances, ces valeurs, ces certitudes instinctives en
puisant aux horizons idéologiques contemporains les réponses aux crises
et aux défis de chaque époque. Par là, les sensibilités sont la source d'une
vigueur pérenne de l'axe droites-gauches en des périodes où celui-ci semble
s'effacer du champ politique.
Les sensibilités de droite structurent essentiellement quatre domaines :
la présence au monde (ou les modalités d'inscription de l'individu dans
l'espace social) ; l'organisation de la Cité (ou la détermination des valeurs
qui sont au principe de l'univers de l'individu) ; la vie dans la Cité (ou le
rapport de soi aux autres) ; le moule de l'individu (ou ce qui ancrerait le
citoyen à droite).
De l'étude des sensibilités, telles que reflétées également par la
littérature comme par l'image de l'adversaire dans la mythologie des
gauches, se dégage pour finir la réponse à la question : qu'est-ce qu'être
de droite ?