Soixante-huit : récit

En écrivant Soixante-huit , je me suis fixé au moins
trois objectifs plus ou moins conscients :
D'abord, relater l'expérience vécue d'un acteur comme
un autre du mouvement général de critique de la société
existante , du cours des choses d'alors. J'y étais et voilà ce
que j'ai subi, fait, dit, entendu. C'était moi, c'était nous.
Nous.
Ensuite, j'ai voulu éviter les deux écueils d'un récit
rétrospectif (introspectif ?). Considérer que nous étions
dans un monde radicalement autre et qui n'a plus rien à
voir avec celui d'aujourd'hui, en stigmatisant la "folie",
"l'utopie" ou la "naïveté" des protagonistes ; estimer que
le monde n'a pas bougé depuis, et nous non plus, que nous
avons seulement vieilli, et justifier n'importe quoi,
n'importe comment. Entre le reniement honteux et
l'exaltation romantique, il y a place pour la lucidité sur les
propos et le discernement quant aux actes.
C'est Flaubert dans sa Correspondance qui avait prévu
que la littérature du XX<sup>e</sup> siècle se présenterait sous la
forme de "reportages sur les socialismes du futur".