Le Collège de la République : enseignement secondaire et formation de l'élite à Genève, 1814-1911

Depuis la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, les études secondaires gymnasiales constituent
la voie de l'excellence scolaire et résonnent, pour celles et ceux qui les
réussissent, comme une promesse d'accéder à «l'élite». Or, l'identité et la
fonction sociale de ces études semblent maintenant se brouiller en même temps
qu'elles canalisent toujours davantage les nouvelles générations d'élèves, en
Suisse comme en Europe. Du fait que le nombre d'années passées à l'école ne
cesse d'augmenter depuis un siècle, les études secondaires gymnasiales se
retrouvent au coeur des principaux enjeux des sociétés contemporaines,
notamment parce qu'elles portent l'essentiel des espoirs de «mobilité sociale»
dont beaucoup de parents rêvent, moins pour eux-mêmes que pour leurs
enfants.
En usant des méthodes de l'histoire sociale et culturelle de l'éducation,
Christian Alain Muller permet au lecteur de comprendre de quelle manière le
jeu des innovations, des accommodements et des résistances entre différentes
catégories d'acteurs collectifs soumis à de fortes déterminations sociales a
«réinventé» le Collège de Genève fondé en 1559 par Calvin. Cette réinvention
est aussi une contribution majeure au développement du modèle suisse des
études gymnasiales au XIX<sup>e</sup> siècle, dont l'avènement coïncide en bonne partie
avec ce qui se passe alors en Allemagne, en Angleterre et en France.
L'historien cerne de près les comportements vécus, les discours et les
pratiques des acteurs : parents, élèves, enseignants, forces politiques, sociales,
économiques et culturelles. Les dynamiques sociales et scolaires sont dès lors
mises en évidence dans toute leur complexité et se révèlent très éclairantes pour
comprendre les débats et les conflits d'une intensité croissante qui se nouent
aujourd'hui autour de la formation de «l'élite», entre soif de démocratisation
des études et débat sur la pertinence des savoirs transmis. On voit ici comment
et pourquoi les études secondaires gymnasiales participent d'une façon
déterminante à la légitimation symbolique des hiérarchies sociales et
conditionnent depuis plus d'un siècle l'accès aux professions les plus
prestigieuses et encore très largement les plus rémunératrices.