Georges Canguilhem et l'unité de l'expérience : juger et agir, 1926-1939

Le jeune Canguilhem n'est ni épistémologue, ni historien des sciences. C'est
un philosophe de tradition classique, qui se débat avec l'un des grands
problèmes de la philosophie : l'unité de l'expérience. Comment unifier de
manière satisfaisante les deux fonctions humaines de connaissance et
d'action ? Faut-il admettre, à la suite d'Alain et de la philosophie réflexive, la
subordination de l'agir au jugement ? Ou bien doit-on reconnaître, comme y
incite l'examen normatif de l'activité technique, une forme d'irréductibilité
de l'action à la connaissance objective ? L'institution d'une harmonie
philosophique entre le jugement et l'agir est au coeur des réflexions du jeune
Canguilhem, lui qui n'oubliera jamais que l'unité de l'expérience n'est pas un
fait , mais une valeur.
Durant un demi-siècle, on tint pour acquis que la bibliographie de
Georges Canguilhem (1904-1995) s'ouvrait en 1943, avec l' Essai sur
quelques problèmes concernant le normal et le pathologique. La parution
en 2011 du premier volume des OEuvres Complètes , réunissant les textes
publiés de 1926 à 1939, constitue une invitation exceptionnelle pour rouvrir
quelques problèmes d'exégèse qu'une investigation limitée aux écrits de la
maturité pouvait avoir clos.
Cet ouvrage entend retracer les sources philosophiques du concept
de normativité vitale, en examinant les rapports de Canguilhem aux
grands auteurs (Kant, Descartes et Bergson), au marxisme, ou encore à
Michel Foucault.