Les palmiers sauvages : à partir d'une oeuvre de Laurent Kropf

«... De l'autre côté, là où je me tiens, et d'où je prends la
photo, on ne voit rien d'eux non plus. Et sur le cliché lui-même,
pas davantage. Ce n'est pas le suaire de Turin, nulle
image en négatif. Une nappe blanche seulement, parfaitement
géométrique, bien droite, verticale, bien tendue. Que
font-ils ? Font-ils ce qu'on fait tous sous les tables lors des
repas de famille comme si on était sous un drap ? Les pieds
s'entremêlent-ils ? Les jambes ? Des mains caressent-elles des
cuisses ? Voire même le sexe de la cousine, du voisin, de la
belle-mère, du frère ? Non, chacun d'eux est naïvement lui-même,
dans le sourire aveugle et sage qu'il adresse au photographe
dont il devine les gestes derrière la nappe, dont il
entend les clics, les déclics successifs du reflex - «c'est le
miroir qui fait du bruit» dit-on aux petits - provoqués par son
index sur le déclencheur de l'appareil...»