Géopolitique de la Corse

Particulièrement complexe, le cas corse-constitue un véritable défi pour l'analyse
géopolitique. En retour, l'apport de celle-ci n'est pas inutile pour combler les fossés
d'incompréhension qui entravent l'avenir de l'île de Beauté.
L'émergence d'un nationalisme régional dans les années 1960 s'est traduite par le
retour de la violence au coeur des pratiques politiques et sociales. La revendication
d'autonomie, voire d'indépendance, justifie pour une minorité une «lutte armée»
qui s'acharne à mimer le schéma décolonisateur du milieu du XX<sup>e</sup> siècle.
La voie de la démocratie se révèle ainsi bien étroite pour cette microsociété qui peine à
s'émanciper des logiques de solidarité clanique. Quant au pouvoir central, pris par le
goût des combinaisons obscures, il n'a pas toujours poussé... à la démocratie.
Prisonnière d'un paradoxe qui consiste à la fois à réclamer moins d'État et plus
d'État, la société corse s'inscrit dans un monde à part dont les sociétés du
Mezzogiorno italien sont l'élément principal. Mais elle exacerbe par cela même les
tensions d'une société française qui, entre intégration européenne, mondialisation
et affirmations communautaires, tente de redéfinir le rôle de l'État pour assurer la
cohésion de la nation.