Le bassin d'Arcachon par les peintres : une anthologie

À l'exemple de Cézanne, les peintres de la modernité
ne vont plus chercher leurs modèles dans la Rome de
l'Antiquité et de la Renaissance. Ils abandonnent
leurs ateliers pour aller planter les chevalets dans la nature et
saisir sur le motif la vie fugitive. L'avènement du chemin de
fer leur ouvre le monde. Arcachon, née en 1857 par décret
impérial, et sa ville d'hiver lotie par les frères Pereire pour
soigner les tuberculeux, attirent écrivains et artistes, dont
Manet et Bonnard parmi les premiers. Les peintres de plein
air venus de Bordeaux et d'ailleurs sont nombreux à être
séduits par la lumière changeante de cette lagune, anse océanique
qui vit au rythme des marées. Léo Drouyn, initiateur
de l'inventaire patrimonial, grave l'état premier de ces sites
avant leur urbanisation. Albert Marquet, le peintre des ports
et des miroirs d'eau, revient peindre au Pyla, paradis de son
enfance. Toulouse-Lautrec préfère se régénérer à Taussat.
André Lhote, autre Bordelais, peintre, écrivain et pédagogue,
fait découvrir à ses amis parisiens le paradis préservé de la
presqu'île et le mythe des cabanes. Tous les mouvements
picturaux du XX<sup>e</sup> siècle sont illustrés dans cette anthologie
de 54 peintres : réalisme, symbolisme, impressionnisme,
cubisme, surréalisme, expressionnisme ; s'il n'y a pas d'abstraits,
la réalité ressentie est souvent privilégiée à la simple
figuration. Et si, en fin de compte, ce «combat avec l'ange»,
selon l'expression de Delacroix reprise par Edmond Boissonnet,
n'avait pour but ultime, depuis Lascaux, que de capter
l'éphémère pour conjurer le périssable et la mort ?