Otrante, n° 30. Fantastique intérieur

Comment se manifeste, ces trente ou quarante dernières années, la
dimension intimiste des oeuvres fantastiques ? Que nous disent ces
univers de notre vie secrète ? Inversement, pourquoi les créations
évoquant les recoins de la conscience, la sphère familiale etc. ont-elles
recours à des effets fantastiques ?
Parcourant ce territoire aux confins de l'intime et du fantastique, où
figurent des auteurs aussi différents que Julio Cortázar, Antonio
Tabucchi, Carole Martinez, Bertrand Bergeron, Christoph Ransmayr,
Ismaïl Kadaré ou Andreï Bitov, les études ici réunies s'intéressent à la
reprise et au renouvellement des représentations traditionnelles des
monstres intérieurs (gothiques, romantiques, voire symbolistes). Elles
débusquent volontiers des monstres étrangement historiques, et le
schéma récurrent de la hantise, avec celui, corollaire, de l'impossible accès
au passé, semble traduire un rapport incertain à l'Histoire et un
vacillement des représentations collectives. On découvre alors que la
subjectivité mise en cause dans le fantastique intérieur est fréquemment
non pas repliée sur elle-même, mais mystérieusement reliée aux autres,
dans les communautés familiales, nationales et même au-delà des
frontières.
D'une conscience à une autre, ce volume d' Otrante tente de caractériser
l'implication émotionnelle, voire inconsciente, de l'auteur et du lecteur,
que l'on peut définir d'un point de vue psychanalytique mais aussi comme
plaisir intellectuel d'un type particulier (goût pour l'indétermination ou le
vertige interprétatif).