La colère du gisant : poème

Si forte un jour fut mon exécration contre tous les saints du
Ciel que je décidai d'abandonner mon grabat au diable vert.
D'un bond je me levai. Je rejoignis la farandole de tous les valétudinaires
et, avec eux, je chantai à tue-tête Le Temps des cerises
dans les rues de la ville. Mais cela ne suffit pas.
Il me fallut donc pénétrer dans la crypte du gisant avec qui,
grâce à qui devrais-je dire, je fusse à même de partager mon
humeur massacrante, et tout ce que j'avais cru, espéré jusqu'à en
souffrir mille morts - «pour des causes pourtant proprement
iniques» - se défit de soi-même instantanément comme brin
d'étoupe, au milieu de la consternation générale... Le beau
scandale dans les familles que cela fit !... Je me surpris alors à
verbigérer de nouveau comme un vivant.
R.L.L.