La désertion de l'intelligence

La crise fondamentale de notre société est peut-être celle du
sens. La violence, la corruption et la drogue sont les symptômes
d'un malaise plus profond, la soif d'un sens à notre existence
humaine. Pour faire de nous des prêcheurs, Dieu peut nous
conduire dans ce désert. Là s'évanouissent nos vieilles certitudes,
et le Dieu que nous connaissions et aimions disparaît. Il nous
faut alors partager la nuit obscure de Gethsémani, quand tout
semble absurde et insensé, et quand le Père 'se montre' absent.
Et pourtant, c'est seulement en nous laissant porter jusque là, où
plus rien n'a aucun sens, que nous pourrons entendre la Parole de
grâce que Dieu offre à notre temps. «La grâce apparaît lorsque
nous traversons le désespoir pour affirmer la louange».
Confrontés au vide, nous pouvons être tentés de le remplir, par
des platitudes que nous croyons à demi, par des substituts du Dieu
vivant. Le fondamentalisme que nous observons si souvent dans
l'Église aujourd'hui est peut-être/sûrement la réaction effrayée de
ceux qui se sont retrouvés à l'entrée de ce désert, mais n'ont
pas osé l'endurer. Le désert est un lieu de silence terrifiant,
que nous essaierons peut-être de couvrir en ressortant de
vieilles formules assénées avec une terrible sincérité. Mais le
Seigneur nous conduit dans le désert pour nous montrer sa
gloire. Aussi, dit Maître Eckhart (XIII<sup>ème</sup> siècle !!!) :
«Tenez bon, et ne vacillez pas devant votre vide»