Spectres de l'anthropologie : suite nord-américaine

Emmanuel Désveaux entend reconstituer l'itinéraire qui l'a porté
progressivement vers la conviction que seul un culturalisme élargi - un
mégaculturalisme - offre aujourd'hui une perspective de renouveau
théorique pour l'anthropologie. La démarche peut, certes, s'avérer
douloureuse car elle incite à se déprendre des spectres qui hantent
la discipline, tels son fonctionnalisme latent ou sa propension à
l'universalisme.
S'appuyant sur les grands noms passés et cherchant le dialogue avec
ses contemporains, l'auteur se confronte aux deux courants émergents
de l'anthropologie, à savoir l'école historiciste, qui réduit la diversité
culturelle au nom d'une histoire absolue, et le cognitivisme qui risque de
réveiller les fantômes du naturalisme.
À travers le prisme des Indiens d'Amérique du Nord, s'opère ici un
glissement d'une épistémologie de la discipline à une réactualisation
de ses grandes thématiques que sont la parenté, le totémisme, le
chamanisme, l'art, le passage à l'écriture ou l'histoire. Or, très souvent,
les analyses développées se trouvent souvent en porte-à-faux par rapport
à la doxa ; l'idée que la société, comme collectif, aurait toujours primé
sur l'individualité chez les peuples anciennement dits «primitifs»,
ou encore celle du caractère universel de l'échange matrimonial sont
réfutées dans cet ouvrage. Existerait-il une spécificité amérindienne qui
aurait échappé aux anthropologues ?