Migrants internationaux et nouveaux réseaux criminels

Migrants internationaux et nouveaux réseaux criminels

Migrants internationaux et nouveaux réseaux criminels
2010160 pagesISBN 9782849741122
Format: BrochéLangue : Français

Environ soixante mille migrants afghans passent annuellement par les ports turcs et géorgiens

de la Mer Noire : là ils se chargent de produits électroniques du Sud-Est asiatique

transitant par Dubaï et Koweït City. Totalement détaxés ils sont livrés en Bulgarie, c'est-à-dire

dans la Communauté européenne, à 40 % de leur prix de vente européen. Environ

six milliards de dollars de marchandises franchissent ainsi cette frontière. Ces «transmigrants»

afghans retournent ensuite chez eux.

Les régulations des échanges bancaires liées à la Crise interdisent désormais à ces

migrants, auxiliaires des stratégies commerciales du «poor to poor», «l'entre pauvres»

des grandes firmes, (contournement des règles de l'OMC et détaxe des produits devenus

ainsi, en entrée de gamme, accessibles au plus grand nombre), de bénéficier de lignes

internationales de crédit que des banques émirates leur consentaient. Alors des réseaux

criminels suppléent à cette «moralisation» des circulations de capitaux en offrant des

sommes équivalentes d'argent à blanchir et, en contrepartie, exigent des Afghans qu'ils

cultivent, pendant leurs migrations, le pavot à opium en Turquie et en Géorgie.

En somme des dizaines de milliers d'Afghans se trouvent contraints de participer aux

activités de réseaux criminels et y associent de fait des grandes firmes de l'électronique

asiatique. Ces nouvelles accointances, étendues aux populations balkaniques, fournissent

une main-d'oeuvre afghane et albanaise aux entreprises sud-italiennes pratiquant le blanchiment

du même argent sale. Ce phénomène est accompagné d'un regain des migrations

féminines contraintes pour la prostitution à partir des Balkans, du Caucase et du pourtour

méditerranéen vers les «clubs» du Levant espagnol, via Naples, Bari, Brindisi. De

la Jonquera à Malaga, la «passe» se négocie désormais avec une dose de cocaïne. La

Jonquera lieu d'entrée privilégié associe aux revenus de ces activités quelques notables

de part et d'autre de la frontière et surtout de Perpignan à Barcelone.

Un nouvel ordre criminel se déploie, associant les «pieuvres» locales dans une toile

mondiale, proche du modèle Internet, alors que les États peinent à définir leur place dans

cette insaisissable mondialisation.

Les chercheurs, nous font vivre de l'intérieur ces transformations au plus près des terrains

qu'ils explorent depuis des années.

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