Josaphat-Robert Large : la fragmentation de l'être

Ce collectif ne livrera pas tout sur l'oeuvre plurielle et fascinante
de Josaphat-Robert Large. Cependant il nous incitera à explorer
minutieusement avec des critères d'analyse efficaces la densité de l'écriture,
la variété des genres, la panoplie de la technique ainsi que les concepts
fondamentaux à partir desquels les fondations de l'oeuvre ont été construites.
Faut-il privilégier chez Large cette bonne poésie incandescente qui
investit l'être entier en s'appropriant le coeur, l'esprit et les sens, et qui lie les
réflexes à la réflexion dans des textes aussi envoûtants que Nerfs du vent
(1975) et Chute de mots (1989), ou doit-on entamer de préférence une étude
critique de l'univers romanesque éblouissant, paradigme affirmatif de la
réussite littéraire caribéenne et haïtienne dans Les Sentiers de l'enfer (1990),
Les Récoltes de la folie (1996), Les Terres entourées de larmes (2002), et
Partir sur un coursier de nuages (2008).
On peut sans doute hésiter entre les deux démarches. Mais, surtout, on
ne peut dénier qu'elles constituent des voies d'expression de l'imaginaire de
Large qui édifie une peinture de la fragmentation, du morcellement et de
l'aliénation de l'être. Peintre de la condition humaine, il emprunte les
particularités haïtiennes pour offrir le témoignage du désarroi des esprits
face à l'effondrement identitaire et existentiel de l'individu et de la cité. Face
à l'interminable errance, à la vaporisation du moi et au malaise
métaphysique s'exprime une sorte de solidarité ou d'humanisme qui nous
assure la survie dans cette quête monumentale de l'éros.