Economie politique (L'), n° 66. La BCE peut-elle sauver l'Europe ?

La Banque centrale européenne abuse-t-elle de son pouvoir
? D'Athènes à Berlin, certains le pensent. Les Grecs la
soupçonnent de resserrer le robinet du crédit pour obliger
leur gouvernement à plier l'échine devant ses créanciers.
A Berlin, au contraire, on lui reproche de trop ouvrir les
vannes et de faciliter le financement des Etats, au risque
qu'ils relâchent leurs efforts de rigueur. De part et d'autre,
et pour des raisons diamétralement opposées, on l'accuse
de se mêler de politique - pas seulement monétaire.
La BCE s'en défend bien sûr. Pourtant, Mario Draghi fait de
la politique - et heureusement, oserait-on dire. Personne
ne défend comme lui ce bien commun qu'est la monnaie
unique : s'il fallait compter sur les gouvernements européens,
l'euro aurait déjà disparu avec pertes et fracas. Sa
manière n'est pas celle d'un politicien, encore moins d'un
dictateur, mais celle d'un diplomate dans le concert - ou
plutôt la cacophonie - des Etats européens. En diplomate,
il fait une lecture des traités qui permet à la BCE d'élargir
considérablement ses moyens d'action. Il use du magistère
de la parole pour ouvrir des voies, débloquer des situations,
modifier les équilibres et les rapports de force politiques.
Cependant, si l'habileté diplomatique de Mario Draghi se
déploie dans le vide politique abyssal de la zone euro, elle
ne saurait le combler. S. M.