Jomini, âme double de Napoléon

L'on croit tout savoir de Napoléon. On ignore l'essentiel, l'existence
de son alter ego : Henri Jomini. Ce Suisse, aide de camp du maréchal Ney,
est doté de l'étrange pouvoir de penser et d'agir comme le Corse ; mieux,
de lire en lui, d'annoncer ses réactions, ses décisions les plus secrètes. D'où
son surnom de «devin de l'Empereur».
Son ascension est fulgurante. Promu général, mais en butte à la jalousie
et à la hargne de l'état-major français, il quitte l'armée pour entrer au
service du tsar Alexandre I<sup>er</sup>.
Dès lors, le destin de l'Empire bascule et, les dieux ayant changé de
camp, l'étoile de l'empereur pâlit. À la mort de l'Empereur, Jomini semble
hériter de sa pensée et de son rêve : l'Europe, de l'Atlantique à l'Oural.
Marmont, Sainte-Beuve, Lamartine, Napoléon III, les tsars Nicolas I<sup>er</sup>
et Alexandre II, témoins de ce prodige, y verront l'insolite destin d'une âme
double déchirée par l'aventure de deux vies.
Jomini meurt en 1869. Un siècle après la naissance de Napoléon.