Chemins de fer et perception de l'espace dans les provinces arabes de l'Empire ottoman : 1890-1914

A la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, l'impression selon laquelle «la Syrie est un
pays sans route» est confirmée par tous les observateurs, voyageurs officiels
ou itinérants, dans l'Empire ottoman. Pour la France et les autres
grandes puissances européennes, la question des voies de communication
au Proche-Orient était donc double, à la fois technique et politique.
Dire, à l'époque que la Syrie était dépourvue de voies de communication
revenait à se demander qui de la France, de la Grande-Bretagne ou
de l'Allemagne obtiendrait la concession des lignes de chemins de fer
à construire.
Mais les rivalités entre les grandes puissances ne sauraient à elles
seules résumer l'histoire des chemins de fer au Proche-Orient. Au-delà
d'une lecture trop strictement diplomatique, cette étude s'efforce de restituer
la dimension spatiale d'une aventure appelée à bouleverser l'économie
d'une région ; afin que l'histoire des chemins de fer dans les
provinces arabes de l'Empire ottoman repasse de la grande politique
aux considérations de terrain, des salons feutrés des chancelleries aux
petites gares du réseau syrien.