L'enfance d'une Parisienne

Rien n'est doux comme les enfances
heureuses dans les familles pleines de traditions,
où les béguins des jeunes mères, soigneusement
conservés, entourent de leurs
dentelles un peu jaunies le visage rose des
derniers venus ; où l'on habite trente ans de
suite les mêmes maisons, en gardant tous
ses amis, en célébrant toutes les fêtes.
Les fêtes ! au fond de la mémoire un peu
obscure, ces jours de joie et de repos restent
bien dans la solennité apparente que leur
donnent la famille assemblée, les toilettes
très parées et la table chargée de fleurs.
Toute ma vie, je crois, j'aimerai le dimanche,
parce que je lui dois les grands
bonheurs de mon enfance. Dans ce temps,
je me figurais chaque jour de la semaine
comme un casier très rempli, le père occupé,
la mère travailleuse, mes devoirs à faire,
tant de choses à apprendre ! Il y avait là
tout le fouillis de mes cahiers de classe,
encore troubles pour ma petite intelligence,
et la sévérité d'un uniforme.
Julia Daudet