Contumace

Il n'est plus lui. Il n'est plus cet homme aux
sommeils harassés, ce goût de cendre, cette
peau bistre, ce silence. Ce silence. Pourtant
ce visage raviné, ce visage qu'il ne reconnaît
plus lorsqu'il le croise, cet autre n'est rien
d'autre que lui. Un autre raisonné, entendu dans son rêve aux
carrefours d'une lézarde et d'un repli de plâtre. Un autre décidé d'en
finir avec son amour, ce tourment des heures lentes, ces cigarettes
allumées, les unes après les autres enfilées, aspirées alors que
s'égrènent les klaxons monotones de la rue en contrebas, une rue
sans piéton, une rue qu'il ne voit pas, juste des bruits de klaxons et,
parfois, des éclats de voix, des injures de gens pressés.
Il a le vertige d'être double : être lui, lui seul dans cette chambre, seul
dans cette ville, depuis si loin, et être l'autre, autre à distance, autre
qui lui parle, autre qui lui dit «finis cet amour !».
Contumace a été publiée pour la première fois par la revue Nouvelles-Nouvelles
en 1991. Pour fêter ce vingtième anniversaire Philippe
Milbergue nous offre cette version entièrement revisitée.