Cycnos, n° 29-2. Le méchant à l'écran : les paradoxes de l'indispensable figure du mal

Le méchant à l'écran apparaît avant tout comme un archétype, et
pourtant ses représentations se modulent, mutent et se réinventent à
l'instar des media audiovisuels. C'est là, entre pluriel et singulier, que se
joue le paradoxe fondamental du personnage : est-il possible de parler
du méchant à l'écran devant l'immense variété des représentations
proposées ? Et si la réponse est négative et qu'il s'agit plutôt des méchants
à l'écran, n'est-ce pas nier le caractère intangible du personnage ? Ce
hiatus peut être comblé si l'on envisage le méchant comme un mythe,
au sens où l'entend Roland Barthes. C'est-à-dire comme un «système
sémiologique majoré» qui serait une conjonction de la sémiologie
(forme) et de l'idéologie (histoire). Concept mythique, le méchant se
ferait mouvant au gré des circonstances historiques et de leur choix
de représentation à l'écran. Plus précisément, la fonction du méchant
serait une invariante tandis que les représentations du personnage
seraient le reflet fictionnel d'une époque spécifique. Pour exprimer
cet écart entre statisme et mouvement, nous parlerons des 'figures'
du méchant à l'écran. Notre ambition est d'en esquisser l'autopsie en
considérant d'abord leur représentation, puis leur rapport dialectique
à l'univers diégétique (individu, société, histoire) qui est intimement
lié à leur impact sur le spectateur. En associant critique typologique et
approche générique, en passant en revue les séries télévisées et les grands
classiques, et en mariant analyse civilisationnelle et étude de cas, ce
volume entend multiplier les éclairages sur cette figure archétypale et
montrer l'ensemble des vertus cinématographiques du vice.