La littérature et le sublime

On sait depuis l'Antiquité que la littérature
et le sublime ont partie liée.
Pourtant, malgré les fréquentes
occurrences du terme chez les écrivains
et l'importance reconnue par
les traditions poétique et esthétique
aux textes fondateurs sur le sublime
(de Longin à Lyotard), le mot lui-même
semble pâtir d'une signification
incertaine, ou au contraire d'acceptions
multiples, qui en gênent la
saisie. Et de fait, il a fini par synthétiser
toute une constellation de termes
disparates, voire des notions contradictoires
: ces tensions font sa
richesse, mais expliquent aussi qu'il
est difficile de ramener à l'unité ce
qui assure, tour à tour ou simultanément,
les caractéristiques de la
lumière et de l'obscurité, de la profondeur
et de l'éclat, de la visibilité et
de l'invisibilité, du beau et du terrible...
Le discours philosophique s'est largement
emparé du sublime, au point de
réduire trop souvent la part du littéraire
à une illustration. L'enjeu du
présent ouvrage est de montrer que,
bien au-delà d'une application des
modèles, les différentes inscriptions
littéraires et artistiques du sublime,
dans leurs contradictions et leurs
équivoques, produisent le sens en
engageant les oeuvres à se confronter
à ce qui excède leurs moyens, à ce
qui fonde la représentation en-deçà
ou au-delà d'elle-même.