La Licorne, n° 69. Le caprice

Un caprice est une oeuvre poétique, picturale, gravée,
musicale ou architecturale, voire cinématographique
dont le nom semble indiquer qu'elle ne se soumet pas
aux règles en usage et qu'elle procède au contraire du
génie - entendu comme un talent mais aussi une disposition
humorale ou physiologique - que son auteur
s'attribue ou auquel il se réfère, de la Renaissance à
aujourd'hui. À l'intérieur des formes d'expressions
capricieuses, entre le XVI<sup>e</sup> et le XX<sup>e</sup> siècles, d'un auteur
à l'autre, d'une culture à l'autre, rien ne semble indiquer
qu'un caprice puisse ressembler à un autre
caprice. Pour autant, du fait de son origine psychologique
qui paraît indiquer que le caprice manifeste
la singularité d'un sujet et de sa production, et vue
la diversité des entreprises capricieuses - idiomes artistiques
différents, périodes, nationalités, univers culturels
différents, etc. -, n'est-il pas possible d'envisager
une cohérence entre tous les caprices que l'on rencontre
au fil de ses pérégrinations artistiques ?
Peut-on vraiment produire une oeuvre en s'affranchissant
de toute règle ? L'absence de règle, le dérèglement
improvisé de la composition artistique, quelle
qu'elle soit, caractérisent-ils tous les caprices ? Et, du
même coup, existe-t-il des invariants qui permettraient
de définir ce genre, si c'en est un ? En somme, qu'est-ce
que nommer une oeuvre caprice ? Il est sans doute
possible de s'interroger sur une sorte d'hyper-généricité
du caprice , au sens où celui-ci transcenderait le
temps et l'espace, ainsi que les frontières entre les arts,
et manifesterait dans toutes ses apparitions une forme
d'homogénéité dans l'invention et la réception qui en
est faite ou attendue.