Charles Beslay (1795-1878) : le bourgeois de la Commune

Charles Beslay fut de tout.
Héritier à 25 ans de l'entreprise paternelle : commerce, banque, travaux publics, il dirige, de 1823 à 1834, à Gomel (Côtes du Nord) une tranchée de 23 mètres de profondeur sur le canal de Nantes à Brest. En 1834, il crée rue Popincourt à Paris une manufacture de chaudières de locomotives, et participe à la construction de deux compagnies de chemin de fer en Suisse. Député libéral de 1834 à 1837, républicain après sa participation aux Journées de février et de juin 1848, il s'oppose au régime impérial. Côtoyant le monde ouvrier, il est conscient de la souffrance prolétarienne, et organise une association « Capital-Travail » dans son entreprise. Socialiste très proche de Proudhon, il penche en faveur d'une évolution plutôt que d'une révolution. Il est un des premiers adhérents du Bureau français de l'Association Internationale des Travailleurs. Pendant la Commune, il est élu sur la liste des socialistes révolutionnaires comme délégué à la Banque de France, qu'il saura, avec Jourde, ministre des finances, préserver de la saisie. Exilé en Suisse entre 1871 et 1878, il est la cible de féroces attaques d'ex-communards, puis plus tard de celles des historiens. Né bourgeois, Beslay ne renia jamais ses origines. Breton courageux, sa vie témoigne qu'un « riche convaincu peut toujours, pour des raisons idéales prendre le risque de la Révolution. » (M. Agulhon)