Pratiques enseignantes : agir au service de valeurs

Dans un contexte social, politique et économique où triomphe
la «morale» de l'état de fait - ce pragmatisme dont Bernanos disait
qu'il était la «morale des salauds» - réduisant tous les phénomènes
sociaux ou économiques à un modèle «naturel», non seulement
scientifiquement faux, mais aussi intellectuellement indigent, il
convient de réaffirmer avec force le principe de la Liberté de
l'Homme et des conséquences du primat de sa volonté, à savoir sa
responsabilité historique. Une des instances par lesquelles cela est
possible est l'éducation. Or, cette dernière se trouve elle aussi
privée de repères tant sur le plan des idées que sur celui de la
pratique enseignante.
Dans cette ambiance qui réduit la pratique à ses seules activités,
il devient vital de réaffirmer avec constance que toute pratique
n'existe que dans un réseau de rapports. Et quoiqu'on veuille le
taire, ces rapports nous renvoient à des systèmes de valeurs. La
pratique enseignante n'échappe pas à cette vérité. Dès lors, il nous
faut interroger ces valeurs et montrer de quelle façon les faire vivre.
Pour qu'elles deviennent, non seulement la boussole des
enseignants, mais qu'elles contribuent bien davantage à
reconstruire des repères dans une société livrée à elle-même,
société privilégiant ce que Hobbes plaçait en opposition à la
civilisation : « une guerre de chacun contre chacun ».