La destruction de l'université française

Économie du savoir : c'est sur cette notion que s'est
enclenchée la débâcle actuelle de l'université. Le Conseil
européen l'a dit en 2000 : l'université doit faire naître
«une économie de la connaissance compétitive, facteur
d'une croissance durable». La Banque mondiale de son
côté préconise de privatiser le financement des universités,
de démanteler les «rigidités» salariales, d'ajuster la
formation des étudiants aux besoins du marché du travail
et d'encourager la production de savoirs porteurs de
débouchés commerciaux et d'innovation industrielle.
Ces nouveaux objectifs signifient la fin de l'université telle
qu'elle existait en France à la fin du XX<sup>e</sup> siècle : une institution
indépendante où le contenu des enseignements
et l'avancement dans les carrières relevaient de décisions
prises entre pairs. Désormais, les universités sont contrôlées
par des conseils d'administration où siègent des
patrons et des cadres de grandes entreprises. Les enseignements
sont des «offres de formation» ajustées aux besoins
du marché du travail. Les recherches sont financées sur
appel d'offres, en fonction des intérêts économiques privés.
Désormais, dans une opacité voulue, la précarité s'est
généralisée. Par dizaines de milliers, les enseignants-chercheurs
sont contractuels, post-doctorants sans postes,
auto-entrepreneurs vacataires payés à l'heure, chômeurs
déguisés, voire travailleurs au noir.
Dans le monde entier, du Chili à l'Angleterre en passant
par le Canada, la Grèce ou la France, des étudiants et des
précaires sont en lutte contre cette liquidation. Refusant
de travailler dans des ruines, ils veulent faire naître une
nouvelle forme de vie universitaire, collective, indépendante
et joyeuse.