L'invective : histoire, formes, stratégies : colloque international des 24 et 25 novembre 2006, Saint-Etienne

L'invective : histoire, formes, stratégies : colloque international des 24 et 25 novembre 2006, Saint-Etienne

L'invective : histoire, formes, stratégies : colloque international des 24 et 25 novembre 2006, Saint-Etienne
2006200 pagesISBN 9782862724218
Format: BrochéLangue : Italien

Tous les contribuants du colloque dont nous publions ici les Actes se sont heurtés à une même

réalité paradoxale : à savoir la grande pauvreté bibliographique autour de ce «genre de discours

nommément désigné comme invective [...] sans jamais qu'à cette appellation on ne fasse correspondre

une définition claire [...] de l'objet rhétorique [...] qu'elle recouvre». S'accommodant de la cote mal

taillée de ce dont ils disposaient, les auteurs ont donc pris le parti, et le seul raisonnablement

susceptible d'amener à dessiner les contours de l'«objet» qui les intéressait, d'interroger

méticuleusement les textes qu'ils avaient retenus - une panoplie qui permet en outre une

remarquable exploration diachronique, du XIII<sup>e</sup> au XX<sup>e</sup> siècle. En premier lieu, il en a résulté une

abondante moisson de figures et de modalités rhétoriques. Il est encore apparu que l'invective,

indissolublement liée à l'apostrophe d'une part, à la prise à témoin d'autre part, présente les stigmates

de l'oralité et des signes récurrents de théâtralité. Marquée au sceau du dialogisme, elle est même

parfois clairement inscrite dans un jeu de «botta e risposta», car il est clair que l'invective établit une

relation polémique avec un tiers [...] mis en cause pour lui-même et/ou ce qu'il incarne : la déviance

religieuse, politique ou idéologique, morale, culturelle, littéraire même. Le but de l'invectivant est

donc toujours dénonciateur. Il est, à tort ou à raison, celui qui se place en détenteur d'une Vérité qu'il

convient de défendre en assaillant verbalement celui auquel on attribue le mauvais rôle bien sûr, celui

du traître, du menteur ou de l'usurpateur. Il faut alors infliger au «coupable» le blâme et l'opprobre.

On le montre du mot. Non content, on le diabolise, on l'humilie, on le ridiculise, et ainsi de suite. Au

nom de la sainte colère dont se parent tous les donneurs de leçons, nous rappelant d'ailleurs

l'enracinement de l'invective dans l'anathème et la parole prophétique, ils la fourbissent en arme de

guerre contre l'impie ou l'infidèle. Contre le mensonge de l'autre, la calomnie, la mauvaise foi, l'insulte

se justifient littéralement : selon qu'on soit à l'un ou l'autre bout de l'invective, on est donc d'un bon

ou d'un mauvais côté déterminé par l'invectivant, puisqu'il se veut le seul investi du bon droit, d'une

manière ou d'une autre, d'un droit divin : sa parole est sacrée [...] : toute invective se réclame,

explicitement ou pas, d'une auctoritas souveraine, étant entendu que dans quelques cas, nos auteurs se

prennent un peu pour Dieu... Encore faut-il également distinguer l'intention de l'intensité du langage,

car il ressort des textes étudiés que l'invective se déploie selon divers degrés : de la violence ouverte,

provocatrice, menaçante, à la sournoiserie du persiflage ou de la remontrance «doucereuse». Selon

divers registres aussi, de l'obscénité au mode courtois... Par ailleurs, on mesurera à chacune des

contributions réunies dans ce volume, le lien patent de l'invective à la question identitaire : elle ne

s'écarte en effet jamais d'une dichotomie fondatrice et même refondatrice, entre destruction (de

l'adversaire, cela va sans dire) et construction ou reconstruction (de soi). Agonique et létale pour celui

ou ce qu'elle vise, l'invective projette toutefois l'invectivant dans un temps d'après sa croisade, dans

un lieu de possible réédification, de soi, de son image, de la «foi» qu'il défend : il en découle une

fonction de l'invective comme dépassement du dénigrement (souvent exorciste) pour une

refécondation en quelque sorte. [...] Faisant table rase de son ennemi, tout compte soldé avec lui, celui

qui invective se reconstruit, regagne - on a parlé de «butin de guerre» - l'image d'un soi expurgé

de l'autre. Dans ce cadre, on comprend aisément qu'il importe peu que l'image en question soit

«vraie» : la vérité dont on se revendique peut évidemment n'être qu'une vérité d'emprunt, néanmoins

brandie avec virulence au service de ce qu'on veut faire croire de soi. Par conséquent, l'invective peut

n'être qu'un exercice de style, un masque, un art... Enfin, ces études font un sort à le question du genre

et en même temps de la «periodizzazione» de l'invective, qu'elles permettent d'envisager comme une

«modalité», «disponibile a partire dalla Bibbia, in seguito traversa le epoche, incarnandosi in vari

generi storici, ognuno saldamente ancorato alla sua epoca» [...] On peut alors accepter sans embarras

que fassent partie d'un même «registre» diversement réincarné, toutes celles sur lesquelles se sont

penchés les auteurs de ces articles... Du moins l'ensemble des études que nous proposons dans cet

ouvrage offrira-t-il l'occasion de vérifier combien cette approche est opératoire et fructueuse.

Ce livre est proposé par (0) membre(s)
Ce livre est mis en favori par (0) membre(s)