Chants limitrophes

Ce texte raconte une histoire... Sans doute un peu la nôtre,
comme une Iliade contemporaine.
L'histoire d'un enfant du siècle, né de la catastrophe et dans la
barbarie. Il partira comme Alexandre à sa propre conquête, il fera
reculer l'horizon sur ces terres lointaines où germent les moissons
qui font le pain des armées, ces «champs limitrophes» ; et il sera
envahi de solitude quand se déferont cartes et territoires, le
laissant nu au bord de sa propre dissolution.
Le 11 Septembre donne à ce texte ancien un écho singulier : il
inscrit dans notre siècle vagissant mais déjà déchiré le cataclysme
fondateur ; c'est lui qui va justifier la quête et les conquêtes du
héros poétique dans les sables d'Iraq et les montagnes
d'Afghanistan. Il anticipe aussi l'enlisement, celui d'Alexandre et
de ses successeurs, loin du parler natal et de la terre des ancêtres.
Seul demeure dans l'extrême dénuement de l'exil le pouvoir
«poïétique» de la langue qui nous lègue le monde :
«Il n'est conquête que de mots
Et mon Royaume n'est que verbe.»