Les enseignants issus des immigrations : l'effet génération : recherche qualitative

De plus en plus de jeunes issus des immigrations envisagent les
métiers de l'enseignement et plus largement les métiers de la
fonction publique. La question que l'on peut se poser dès lors est
celle des présupposés qui sont à l'origine de ces orientations qui
semblent sinon nouvelles du moins significativement marquées
pour être relevées. S'agit-il de choix socialement déterminés qui
s'inscrivent dans des logiques de classes populaires comme celles
qui ont caractérisé dans les années d'après-guerre les catégories
ouvrières ? Ou s'agit-il de pratiques nouvelles dont les ressorts
procéderaient de logiques contradictoires inscrites à la fois dans les
transformations des groupes sociaux considérés et de la société ?
Nombre de questions sont soulevées ici quant aux rapports qu'entretiendraient
ces catégories aux métiers de l'enseignement et plus
loin à la société. L'orientation vers ces métiers des jeunes issus des
immigrations est-elle socialement déterminée, dans la mesure où
les choix professionnels, eu égard à la position sociale de leurs
parents, restent limités ? A quel moment du cursus, l'intériorisation
de chances objectives liées à leur condition sociale détermine
t-elle le choix de devenir enseignant ? Celui-ci se construit-il
très tôt ? Se fait-il au sortir du lycée, sitôt le Bac acquis ? Ou s'impose-t-il
au terme du suivi de plusieurs formations inachevées ?
N'y a-t-il pas des métiers de destination, des métiers assignés de
fait aux jeunes issus de l'immigration, des métiers de «banlieue»
où l'enseignement et l'encadrement des «siens», de ceux de sa
communauté deviennent une spécialisation fonctionnelle que l'on
assume faute de mieux ? Quelles positions adoptent-ils en ce qui
concerne la diversité culturelle ? Quelles sont leurs conceptions de
l'identité culturelle et de l'altérité ? Quelles pratiques pédagogiques
mettent-ils en place ? Comment négocient-ils leur place
entre l'institution et les déterminants extérieurs ? Comment s'inscrivent-ils
dans l'institution ? Développent-ils des logiques individualistes
ou solidaires et avec qui ? Quels sont leurs positionnements
syndical et politique ? Ce sont ces questions que tente d'éclairer le
travail de recherche dont on trouvera ici la partie qualitative.