Des bruits dans la tête

«Keber était un nom que cet été-là, dans
les antiques cellules de M., on prononçait
avec respect ; la nuit, des histoires murmurées
sur sa vie couraient de bouche à oreille et le souffle
des voleurs, des faussaires et des violeurs ordinaires
s'arrêtait : Keber, son béret vert sur la tête, avait
dormi au Vietnam parmi les cadavres, il avait
traversé les océans en bateau, à Saint-Domingue
il avait fait trembler des généraux en caleçon,
en Russie des femmes avaient tenté de se suicider
pour lui ; quand, sur la base d'une trahison,
les policiers étaient venus l'arrêter à la suite d'un
vol réussi à la poste, ils avaient amené un bataillon
entier, bloqué tout un quartier de Ljubljana
et surveillé toutes les sorties de la ville.
Cependant ni ça ni d'autres actions fameuses
n'auraient été auréolées de tant de gloire si Keber
n'avait pas été celui qui avait provoqué le grand
soulèvement de Livada. Keber était sans conteste
le premier et le dernier héros de la chronique
encore jamais écrite de la célèbre révolte.»