Le prêtre et le médecin : des saints guérisseurs à la bioéthique

Un millénaire de relations tumultueuses entre prêtres et médecins, du Moyen Age à aujourd'hui
Les relations entre l'Église et la médecine furent longtemps conflictuelles. Au Moyen Age, l'impuissance de la médecine face aux maladies garantissait la suprématie du prêtre : la vie humaine, disait-il, est misérable, le corps méprisable, la mort inéluctable, et la douleur une bénédiction du ciel. Cette conception est progressivement remise en cause à partir de la Renaissance. Avec les avancées de la chirurgie et de la dissection, les médecins émettent des doutes sur l'existence d'un au-delà et sur la conception dualiste de l'homme, corps et âme: l'homme ne serait-il pas un produit de la nature, une pure machine ? Au nom de ces idées, de nombreux médecins se révoltent contre la tutelle des prêtres, et deviennent, avec le courant scientiste qui apparaît au XIX<sup>e</sup> siècle, le fer de lance de l'athéisme.
Avec la vague bioéthique, le prêtre est récemment revenu dans le débat, autour de problèmes inédits - procréation artificielle, euthanasie, clones thérapeutiques, manipulations génétiques. La religion, qui a perdu le combat scientifique, entend gagner le combat moral. Mais sa morale, basée sur des écrits deux fois millénaires, est-elle encore adaptée aux réalités du XXI<sup>e</sup> siècle ?