Simenon : écrire l'homme

Romancier prolixe, Georges Simenon
a réussi cette double gageure de devenir
l'un des écrivains les plus populaires
de son siècle et d'être considéré par
ses contemporains à l'égal des meilleurs,
à commencer par André Gide, qui voyait
en lui «le plus grand peut-être que nous
ayons en littérature française aujourd'hui».
Son nom est indissociable de celui de
Maigret, ce policier des âmes héros
de plus de cent romans et nouvelles.
Mais Simenon est aussi l'auteur d'une
oeuvre purement romanesque, au sein
de laquelle il s'est livré à une quête de
l'homme prisonnier de sa condition,
une quête de l'«homme nu»,
inlassablement scruté à l'aune de sa
devise : «Comprendre et ne pas juger».
Tout en suivant au jour le jour la
formidable production de ce prodigieux
raconteur d'histoires, Michel Lemoine
analyse cet univers de la fuite et du
drame, où les protagonistes vont au bout
d'eux-mêmes, ce théâtre d'ombre et
de lumière où le romancier nous entraîne
en un perpétuel mouvement du souvenir
à la recréation, du terreau fécond
d'Outremeuse aux collines du
Connecticut, des rues de La Rochelle
aux lagons polynésiens, de la quiétude
du Marais au quai des Orfèvres.