Mémoires d'un châtaignier

Le grand témoin de cette longue histoire, c'est en effet le
châtaignier dont la mémoire est à la fois tendre et délicate
comme le fruit, et d'une robustesse hérissée qui le protège et
le défend de tous les mauvais coups de la nature et des hommes
quand ils se liguent et se déchaînent pour tout détruire. Car il y a
ce livre, avec la passion amoureuse pour une terre ancestrale aussi
splendide, une colère nourrie et vivifiante contre la barbarie rampante
d'une technocratie moderne aussi bête qu'irresponsable dont
nos sociétés nous apportent chaque jour les méfaits : il n'est pas
trop de toute la sève et du sang vivarais pour en affronter l'inertie
militante et la cingler comme il faut ! C'est depuis longtemps contre
cette armée de nains qu'Elyane Gastaud se bat : sa plus belle arme,
et la plus redoutable, est encore cette poésie vigoureuse et savante
qu'elle sait si bien affûter pour l'occire et, du même coup, balayer
de si beaux horizons tous les miasmes, idéologiques, chimiques,
institutionnels et mercantiles qui nous empoisonnent jusqu'à l'os !
Que l'on imagine pourtant pas ce roman livré à la seule virulence :
il chante, il conte, il raconte, il évoque, il touche, il aime, il se
souvient... Avec lui nous partageons, au long des saisons et des
âges, bonheurs et malheurs de familles où fleurissent, au fil des
naissances et des morts, de beaux caractères, d'émouvantes destinées
ou de douloureux destins : femmes fortes et coeurs sensibles
au même courage, clans accrochés à la terre qui savent lutter sans
se plaindre mais aussi engendrer des poètes, des musiciens et,
aujourd'hui, des universitaires et des chercheurs qui, nous en
sommes sûr - l'auteur de ce livre en est un remarquable exemple
(et nous avons aimé le retrouver dans tel ou tel de ses personnages)
- resteront dignes de cette civilisation plus gauloise que latine, plus
celtique que provençale, en un mot "singulière" au sens le plus fort
et le plus riche de ce mot. Un mot qui pourrait bien résumer ce
roman si justement placé sous le signe d'un arbre dont l'auteur
nous rappelle qu'il est, dans le langue de Virgile, du genre féminin...
Il nous promet alors - et nous le souhaitons vivement - d'autres
récoltes, aussi roboratives et savoureuses que ce premier roman !
P.G.