Manuel élémentaire de droit romain

Dans le domaine du droit romain - alors beaucoup
plus important qu'aujourd'hui - la parution en
1895 du Manuel élémentaire de droit romain de Paul
Frédéric Girard a été une petite révolution.
Les traités en vogue à cette époque ne se préoccupaient
qu'assez peu de l'évolution subie par le droit de Rome au
cours des siècles. Ils n'avaient suivi que de loin les
recherches et la méthode historique qui se développaient,
avec un éclat particulier, en Allemagne. Ainsi l'étude du
droit romain, en France, pouvait paraître singulièrement
en retard, et c'est ce retard que Girard a comblé.
Son manuel a été le premier, en France, à suivre la
méthode historique, en cherchant toujours à distinguer le
droit classique de celui de Justinien. Malgré le qualificatif
d'«élémentaire» qui figure dans son titre, cet ouvrage est
complet et suffisamment approfondi. Il cite et reproduit
de très nombreux textes, soigneusement vérifiés et toujours
avec pertinence. Les références sont exactes, les tables sont
excellentes. De ce fait, il a fait l'objet de sept éditions du
vivant de son auteur et c'est la huitième édition, retouchée
par Félix Senn et couronnée par l'Académie des sciences
morales (prix Koenigswarter), qui est ici rééditée.
Ni la parution de nouveaux manuels de droit romain, ni
les notables progrès dans la connaissance des textes n'ont
remis en cause de façon fondamentale l'exposé de Girard.
Certes, il n'a pu suivre les nouvelles orientations de la
recherche au cours du XX<sup>e</sup> siècle («chasse aux interpolations»,
étude des stratifications de textes, droit vulgaire). Mais
comme leurs exagérations les ont fait passer de mode,
le silence de Girard à leur sujet ne constitue plus un
inconvénient.
Malgré son ancienneté, il reste le point de départ de toute
recherche. Il donne une idée générale du sujet, avant d'approfondir.
Si un érudit ne peut s'arrêter à sa lecture, c'est par
elle qu'il commence. Après un siècle, le manuel de Girard
demeure un monument, et selon le mot de Robert Villers,
en 1977 «un instrument de travail incomparable».