Chasseurs de chamois

Montagnard de coeur, Pierre Mélon profite
de chaque instant que lui laisse sa profession
d'avocat pour rejoindre les alpages à la
poursuite des chamois. C'est en dehors de la
traditionnelle «saison alpine» et au contact
de ces Savoyards rudes et pittoresques qu'il
découvre la montagne vraie et exigeante ainsi
que sa faune.
«Une chèvre suivie d'un jeune arrive sur
moi à fond de train, m'entrevoit, saute en l'air
en pivotant et repart à toute course vers les
hauteurs. De surprise j'ai tiré trop haut sur
un jeune bouc qui passait en plein travers, et
qui culbute foudroyé au vol en même temps
que gronde la vieille pétoire de Barmu. Deux
fois encore je tire sur des têtes ou des croupes
apparues entre les blocs, sans autre résultat
que de hâter leur fuite. Le troupeau s'est reformé
maintenant et tous ensemble, à la file,
ils montent à plein galop le couloir d'éboulis
sombres, se découpant un instant sur le ciel
au sommet et sautant sur l'autre versant. En
quelques secondes la montagne est vide et je
n'entends plus que le bruit de mes temps qui
battent à grands coups l'effort de la montée
et l'émotion de la chasse...»